Le temps du covid. Silvère, 98 ans. À mon arrivée : « Pouvez-vous me montrer votre visage ? » J’ai ôté mon masque et nous avons goûté ensemble d’une petite madeleine, bu une grenadine et discuté. Il me demande si je fais partie d’une association qui visite des malades. (Je m’étais présentée au nom de Chrysalide mais il a oublié déjà). Je lui raconte Chrysalide. Au cours de notre discussion, il a évoqué de vieux souvenirs. Je lui demande si cela l’a ennuyé ou peiné. « Non ! » Quelques minutes avant de partir je lui tends une main et lui dis que je vais m’en aller. Il met sa main dans la mienne et caresse ma bague de lapis-lazuli (il travaillait dans la joaillerie). « J’ai du bonheur à vous voir. »
L., 82 ans, n’a pas le moral aujourd’hui et ne veut voir personne. « Mais comme je suis content que tu viennes me voir ! Ici, le temps est long, si tu veux rester plus longtemps, tu es la bienvenue. »
Hier la dame que je visite, que l’on peut appeler Mme G. m’a dit ceci : « Vous passez du temps avec nous, je vous en remercie, car le temps est précieux. » puis « Avec vous comme avec votre amie [elle veut parler de mon binôme], on peut parler de tout, naturellement, et comme ça fait du bien ! ».